2015/01/06

Les séminaires



Félix Guattari :
J’avais besoin de votre assistance éventuelle pour me clarifier les idées. Je me suis
aperçu – cela fait partie, d’ailleurs, de ce que je voudrais exposer – que, dans certains cas, on ne
pouvait pas se clarifier les idées tout seul, et qu’il fallait mettre en place un agencement d’énon-
ciation, parce que, sinon, les idées vous tombent des mains... Je cherchais un polygone de sus-
tentation des idées. Je ne sais pas si ce polygone est réalisé ici, on verra. Il était amorcé par une
série de discussions épisodiques avec M. dans la presse de rencontres, de congrès..., où j’ai été
amené à mettre en question des notions qui semblent aller de soi dans le domaine des systèmes de
références à l’égard de
(inaudible)
et à relier un peu cet apport critique à celui que j’avais mené,
depuis plus longtemps, avec Deleuze, sur l’autre système, disons, des références psychanalytiques.
Alors, au fond, mise à part aussi une séance qu’on avait fait là, au 125, (deux ou trois), souvent,
je me suis posé la question de savoir s’il était opportun, judicieux, de sortir d’une perspective cri-
tique. Était-il concevable d’envisager une perspective méthodologique, pour essayer de rendre
compte, d’une autre façon, des pratiques d’intervention – de thérapie, de psychanalyse, peu
importe... Il s’agirait, donc, de formuler, dans cette perspective, une série de points de repère,
dont le premier objet serait de servir de garde-fou ; d’empêcher de retomber dans ces espèces
d’évidences, d’idées reçues, qui nous collent, vraiment, complètement à la peau, dans toutes ces
professions.
J’avoue que je suis encore très hésitant. C’est l’insistance de M. qui me pousse là, simplement, je
dirais, à essayer. Ce n’est pas vraiment un projet très délibéré, un corps consistant. Pour moi, il
n’aura de sens que si ça fonctionne. C’est-à-dire, très précisément, si les différentes avancées
théoriques que je proposerai ici, servent effectivement aux gens. Parce que, moi, elles me servent
pour ce que je fais, donc, je veux dire, ça me suffit très bien, je n’ai pas besoin d’un exposé ! Mais,
par exemple, j’ai apporté une certaine insistance sur l’hétérogénéité des composantes qui rentrent
en jeu dans les systèmes, la problématique des singularités, etc. ; et j’ai vu que, dans la mesure
où ça me permettait vraiment, d’avancer dans mon dialogue avec M., ça valait le coup. Sinon, je
n’ai pas envie, moi, de faire un échafaudage théorique pour le plaisir !
Donc, ce qui m’intéresserait, c’est un peu d’avancer, en fait, à partir d’une certaine
tabula rasa ;
d’étalonner, vraiment comme dans une démarche de réduction phénoménologique, exactement ce
qui tient et ce qui ne tient pas ; et puis, de balancer absolument tout, y compris des choses qui
paraissent évidentes parce qu’on les traîne avec soi depuis vingt, trente ans, c’est tout.
Je trouvais très intéressant, moi, (avec ce type que V. suit – Max et les ferrailleurs –) au fond là,
en quelques remarques, de voir que, peut-être, on pouvait se servir d’un certain nombre de notions
– relatives, notamment, à cette théorie des agencements – pour avoir la meilleure disponibilité, le
meilleur accueil possible pour l’entrée d’une série de données. Alors qu’une optique strictement
psychanalytique, ou strictement de thérapie familiale, aurait peut-être – c’est une hypothèse – pu
conduire à ne pas porter toute l’attention nécessaire à un certain nombre d’éléments singuliers.
Alors là, je pense en particulier à, littéralement, ce que l’on peut appeler ton « fantasme » : il y
avait derrière cette affaire un « coup fourré ». Qu’est-ce qu’on fait de ça, quand apparaît chez le
Les séminaires de Félix Guattari / p. 1
Les séminaires
de Félix Guattari
09.12.1980
Félix Guattari
Présentation du séminaire